Il était une fois… la luminothérapie !


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Il était une fois… la luminothérapie !

De nombreuses cultures anciennes pratiquaient diverses formes d'héliothérapie, notamment les peuples de la Grèce, de l'Égypte et de la Rome antique. Les Incas, les Assyriens et les premiers colons germaniques vénéraient également le soleil comme une divinité apportant la santé et le bien-être. La littérature médicale indienne datant de l'an 1500 avant J.-C. décrit un traitement combinant des herbes et la lumière naturelle du soleil pour traiter les zones de peau non pigmentées.

La littérature bouddhiste d'environ 200 avant J.-C. et les documents chinois du 10e siècle aboutissent à des conclusions similaires. Vous l'aurez compris, nous vous proposons aujourd'hui de plonger dans la fascinante histoire de la luminothérapie !

La luminothérapie dans l'Antiquité

Les Egyptiens de l'Antiquité avaient l'habitude de construire des temples destinés au traitement et à la guérison de plusieurs troubles par la lumière du soleil. Pythagore utilisait la couleur pour soigner des troubles physiques et psychiques 500 ans avant la naissance du Christ. On retrouve des références à la médecine par les couleurs dans d'anciens textes chinois et indiens. En réalité, pratiquement toutes les grandes civilisations ont reconnu l'importance de la lumière dans la guérison.

Les Assyriens, les Babyloniens et les Égyptiens pratiquaient tous des bains de soleil thérapeutiques. La ville grecque d'Héliopolis (qui signifie « Ville du soleil ») était réputée pour ses temples de guérison et ses salles de lumière. Les fenêtres étaient recouvertes de tissus spécialement teints et les différentes couleurs étaient censées avoir des pouvoirs de guérison différents.

La luminothérapie au XIXe siècle

Augustus Pleasanton a manifestement été le premier à utiliser la lumière bleue pour stimuler les glandes sécrétoires et le système nerveux, aboutissant à une « belle efficacité » dans le soulagement des douleurs. Edwin Babbitt, qui a publié l'ouvrage de référence « Les principes de la lumière et de la couleur » a développé le « Chromodisc », un objet permettant de « colorer » la lumière du soleil pour traiter les patients atteints de problèmes de peau. Il a découvert que l'eau « sensibilisée » à la lumière avait des propriétés curatives particulières.

Les teintures solaires sont encore fabriquées aujourd'hui et sont utilisées par les colorothérapeutes, pratiquant donc une médecine alternative. Dans les années 1850, on découvrira que les ultraviolets avaient une puissante action antibactérienne. Neils Ryberg Finsen, chercheur danois, a été reconnu pour son travail dans la thérapie à la lumière rouge et pour son aide dans la guérison de la variole et de certaines formes de lupus.

La luminothérapie au XXe siècle

Neils Ryberg Finsen a reçu le prix Nobel pour ses travaux sur le traitement de la tuberculose cutanée par la lumière ultraviolette. Dinshah Ghadiali, de la même équipe, développera le système de guérison « Spectro-Chrome » après 23 ans de tests scientifiques. Ce système était basé sur la relation entre les couleurs et des zones spécifiques du corps. Le docteur Kate Baldwin, chirurgien en chef du Philadelphia Woman's Hospital, a utilisé les méthodes de Dinshah pendant de nombreuses années pour guérir certains troubles cutanés.

Harry Riley Spitler a développé les principes de la synthèse lumineuse dans laquelle la lumière est utilisée pour équilibrer les systèmes nerveux sympathique et parasympathique. Son Association d'optométrie syntonique est aujourd'hui à la pointe des développements en matière de photothérapie oculaire. Spitler est généralement considéré comme le fondateur de la photothérapie par lumière colorée. Le docteur Auguste Rollier a quant à lui créé une clinique de thérapie solaire (héliothérapie) à Leysin, dans les Alpes suisses. Il a traité toutes sortes de patients, en particulier ceux atteints de tuberculose et de troubles cutanés inexpliqués. Ses patients étaient installés chaque jour sur une grande terrasse ensoleillée pendant des périodes spécifiques.

L'hôpital Charing Cross de Londres a utilisé dès les années 1930 des lampes « solaires » reproduisant des lumières à la température de couleur des rayons du soleil pour traiter les maladies circulatoires, l'anémie, les varices, les maladies cardiaques et les troubles dégénératifs. Le scientifique russe Gurwitsch a émis l'hypothèse que toutes les cellules émettaient de la lumière. Il a fallu attendre la fin des années 1970 pour que le biophysicien allemand Alfred Popp prouve que chaque cellule de l'organisme émet au moins 100 000 impulsions lumineuses par seconde à différentes fréquences.

Après la Seconde Guerre mondiale, les antibiotiques et l'industrie pharmaceutique se sont imposés partout en Occident. L'emprise de l'Association médicale américaine et l'ère des « essais cliniques » ont marqué un tournant. Les traitements qui ne pouvaient pas être soutenus par des « faits scientifiques » étaient immédiatement suspects, voire dénoncés. Des domaines tels que l'homéopathie, la naturopathie et la luminothérapie étaient, pour la plupart, relégués à l'arrière-plan, quand ils n'étaient pas tout simplement supprimés des protocoles médicaux. Cependant, les choses ont commencé à changer lentement à partir des années 1970 avec des travaux révolutionnaires de chercheurs tels que John Ott, Alfred Popp et d'autres sur le lien entre la lumière du soleil et le fonctionnement de l'organisme humain.

John Ott a par exemple démontré que les différentes longueurs d'onde de la lumière ont des influences spécifiques sur le fonctionnement cellulaire des plantes et des animaux. Il a inventé le terme « mal-illumination » et a suggéré que les humains pouvaient résoudre cette carence en s'exposant à des lumières artificielles simulant la longueur d'onde des rayons du soleil. Il a contribué au développement du premier tube fluorescent à spectre complet et, au début des années 1970, il a entrepris une étude sur les effets de la lumière à spectre complet sur les écoliers. Le comportement et les résultats scolaires se sont nettement améliorés avec une exposition suffisante.

John Ott a publié une série de sept articles (des années 1980 aux années 1990) dans l'International Journal of Biosocial Research, résumant les décennies de recherche indépendante de son équipe sur les effets de la lumière naturelle. Fritz Hollwich a découvert une augmentation significative des niveaux d'hormones du stress (ACTH et cortisol) chez les personnes travaillant sous des tubes fluorescents artificiels « blanc froid ». Suite à ses découvertes, les tubes fluorescents « blancs froids » deviennent interdits dans les établissements médicaux allemands. La luminothérapie au laser commence à être utilisée dans de nombreux contextes cliniques et expérimentaux, ce qui a permis de traiter des maladies de manière non invasive.

En 1996, Conlan, avec d'autres contributeurs, a publié ses conclusions sur la thérapie par lumière laser infrarouge pour la cicatrisation des plaies. Robert Furchgott, Louis Ignarro et Ferid Murad ont reçu le prix Nobel de physiologie et de médecine en 1996 pour leurs découvertes concernant l'oxyde nitrique en tant que molécule de signalisation dans le système cardiovasculaire. La NASA a lancé l'utilisation à grande échele d'unités de luminothérapie à base de diodes électroluminescentes (DEL) pour soigner les blessures des astronautes (les blessures mettent plus de temps à cicatriser dans des conditions d'apesanteur).

Le professeur Kira Samoilova, biologiste cellulaire à Saint-Pétersbourg, a développé le concept d'hémo-irradiation avec ses collègues de l'Académie nationale des sciences de Russie. Ils ont extrait une petite quantité de sang, l'ont traité avec des rayons ultraviolets ou un laser pendant environ 10 à 15 minutes et l'ont transfusé à nouveau au patient. Les résultats rapportés étaient étonnants pour un large éventail de maladies, notamment celles dites suppuratives : maladies inflammatoires, infections, maladies cardiovasculaires, auto-immunes, dermatologiques et oncologiques, ainsi que les ulcères, les brûlures, les traumatismes, les intoxications, etc.

D'autres traitements issus de leurs recherches sont également utilisés aujourd'hui comme seule thérapie pour les ulcères, la désintoxication des toxicomanes et d'autres affections comme la pneumonie virale. Ce traitement est encore peu connu dans la culture occidentale, mais il existe une forte tradition d'hémo-irradiation en Allemagne.

La luminothérapie au 21e siècle

Les années 2000 ont marqué l'arrivée de la luminothérapie dans le quotidien de millions de personnes à travers le monde. En effet, des études lancées à la fin des années 1990 et au début des années 2000 ont démontré l'impact d'une carence en exposition à la lumière du soleil sur le rythme circadien de l'Homme. Concrètement, un manque d'exposition à la lumière du soleil (par l'œil) déréglait la production de la mélatonine et de la sérotonine, conduisant ainsi à des troubles du sommeil de type insomnie ou hypersomnie, mais aussi à des symptômes similaires à ceux de la dépression légère à modérée.

C'est ainsi que des marques comme Philips, Beurer et Lumie lanceront des lampes de luminothérapie de 10 000 lux, simulant la lumière du soleil, mais aussi des réveils simulateurs d'aube pour faciliter le réveil et rééquilibrer le rythme circadien des personnes souffrant d'un dérèglement du cycle éveil – sommeil. Aujourd'hui, les lampes de luminothérapie équipent une bonne partie des foyers scandinaves pour pallier les carences en exposition au soleil. En France, les lampes de luminothérapie sont plébiscitées par les personnes souffrant du coup de blues hivernal, mais aussi par les personnes qui travaillent de nuit ainsi que celles qui vivent dans des régions peu ensoleillées.

Luminothérapie Les origines